Lorsque je suis entré dans la salle de réunion de la sixième session ordinaire du Comité technique spécialisé de l'Union africaine (UA) sur le développement social, le travail et l'emploi (STC-SDLE) à Windhoek, en Namibie, une pensée m'a accompagné tout au long de la semaine :
Comment pouvons-nous tirer parti des progrès déjà accomplis pour renforcer le leadership continental en matière d'albinisme ?
Plusieurs années se sont écoulées depuis que le Conseil exécutif de l’Union africaine a demandé la nomination d’un envoyé spécial chargé des droits et de la protection des personnes atteintes d’albinisme, conformément à la décision EX.CL/Dec.1063(XXXV) du Conseil exécutif, sans que cela n’entraîne de conséquences financières supplémentaires pour l’Union africaine.
Depuis lors, des progrès importants ont été réalisés. L'Union africaine, les États membres, les organisations de personnes atteintes d'albinisme, les organisations de la société civile, les institutions nationales des droits de l'homme et les partenaires au développement ont continué à promouvoir des initiatives visant à renforcer les droits, la protection et l'inclusion des personnes atteintes d'albinisme sur l'ensemble du continent.

Le directeur exécutif de l'AAN, Bonface (deuxième à partir de la gauche), en compagnie de membres de la délégation du Malawi lors de la sixième session ordinaire du Comité technique spécialisé de l'UA sur le développement social, le travail et l'emploi (STC-SDLE) à Windhoek, en Namibie.
Le fait que l’envoyé spécial continue de se pencher sur cette question est donc encourageant. Cela montre que cet engagement figure toujours à l’ordre du jour de l’Union africaine et offre l’occasion de renforcer la mise en œuvre des engagements existants, en particulier le Plan d’action de l’Union africaine visant à mettre fin aux agressions et autres violations des droits de l’homme à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme en Afrique (2021-2031).
Pour l’ Africa Albinism Network (AAN), ce domaine a constitué un axe d’action majeur au fil des ans. Grâce à sa participation à des forums continentaux, au dialogue avec les États membres, à ses échanges avec les institutions de l’Union africaine et à sa collaboration avec ses partenaires, l’AAN n’a cessé de soutenir les efforts visant à renforcer les réponses continentales aux défis en matière de droits de l’homme auxquels sont confrontées les personnes atteintes d’albinisme.
La nomination d'un envoyé spécial constitue une occasion importante de tirer parti de ces avancées et de renforcer la mise en œuvre des engagements déjà pris.
S'appuyer sur le leadership actuel de l'Union africaine
L'Union africaine a déjà pris des mesures importantes pour faire progresser les droits et la protection des personnes atteintes d'albinisme. L'une des étapes les plus marquantes a été l'adoption du Plan d'action de l'Union africaine visant à mettre fin aux agressions et autres violations des droits de l'homme à l'encontre des personnes atteintes d'albinisme en Afrique (2021-2031).
Le Plan d’action offre un cadre continental visant à renforcer la prévention, la protection, la responsabilisation, l’égalité et l’inclusion. Il reconnaît également l’importance de la coordination entre les États membres, les institutions de l’Union africaine, les communautés économiques régionales, les institutions nationales des droits de l’homme, les organisations de la société civile et les organisations de personnes atteintes d’albinisme.
Des avancées institutionnelles importantes ont également vu le jour grâce au travail des mécanismes africains de défense des droits de l'homme, notamment les note d’orientation sur l’établissement de rapports concernant les droits et le bien-être des enfants atteints d’albinisme en Afrique et l’arrêt historique rendu par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.
Ces avancées témoignent d'une prise de conscience croissante, à l'échelle continentale, des défis spécifiques auxquels sont confrontées les personnes atteintes d'albinisme et constituent une base solide pour de nouveaux progrès.
Cependant, le défi auquel l'Afrique est aujourd'hui confrontée ne réside pas principalement dans l'élaboration de politiques. Il s'agit plutôt de garantir une mise en œuvre efficace et durable des engagements qui ont déjà été pris.
Pourquoi la nomination d'un envoyé spécial est-elle importante ?
Le Plan d'action de l'UA fournit une feuille de route. Ce dont on a souvent besoin, c'est d'un leadership continental soutenu pour contribuer à faire avancer la mise en œuvre, maintenir l'attention politique, encourager la responsabilisation et renforcer la coordination entre les parties prenantes.
C'est là qu'un envoyé spécial de l'Union africaine pourrait apporter une contribution significative.
L'envoyé proposé ne se substituerait pas aux responsabilités des États membres, des organes de l'Union africaine ou des mécanismes existants en matière de droits de l'homme. Il pourrait plutôt jouer le rôle d'un défenseur de haut niveau chargé de soutenir la mise en œuvre du plan d'action de l'UA et de veiller à ce que les droits des personnes atteintes d'albinisme restent au cœur des priorités continentales plus larges.
Surtout, l'envoyé pourrait contribuer à combler le fossé entre les engagements pris au niveau continental et les mesures prises au niveau national.
Soutenir la mise en œuvre du plan d'action de l'UA
Un envoyé spécial pourrait contribuer à renforcer la mise en œuvre du Plan d’action de plusieurs manières importantes.
Promouvoir la prévention
Malgré les progrès enregistrés dans de nombreux pays, des agressions et des pratiques néfastes visant les personnes atteintes d'albinisme continuent d'être signalées dans certaines régions d'Afrique.
L'envoyé pourrait plaider en faveur d'un renforcement des investissements dans les efforts de prévention, notamment par le biais de campagnes de sensibilisation du public, d'initiatives visant à impliquer les communautés, d'une collaboration avec les chefs traditionnels et religieux, ainsi que de plans d'action nationaux destinés à lutter contre les idées reçues, la stigmatisation et la discrimination.
L'envoyé pourrait également faciliter le partage des bonnes pratiques en matière de prévention entre les États membres confrontés à des défis similaires.
Renforcer la protection
Le Plan d'action de l'UA souligne la nécessité de mettre en place des mécanismes de protection efficaces pour les personnes atteintes d'albinisme qui sont en situation de risque.
Un envoyé spécial pourrait collaborer directement avec les États membres afin d'encourager la mise en place de mesures de protection plus strictes, de promouvoir la coopération régionale et de partager les enseignements tirés par les pays ayant mis en place des pratiques prometteuses en matière de protection des personnes et des communautés vulnérables.
Renforcer la responsabilité et l'accès à la justice
Il reste essentiel de continuer à poursuivre les auteurs d'attaques et d'autres violations des droits de l'homme.
Un envoyé spécial pourrait plaider en faveur d'enquêtes plus approfondies, de poursuites contre les auteurs de ces actes et d'un meilleur accès à la justice pour les victimes et les survivants. Ce poste pourrait également contribuer à favoriser le dialogue avec les gouvernements sur le renforcement des cadres juridiques et politiques visant à protéger les personnes atteintes d'albinisme.
En maintenant un engagement de haut niveau sur les questions de responsabilité, l'envoyé pourrait contribuer à ce que les violations commises à l'encontre des personnes atteintes d'albinisme restent sous les feux de l'actualité et fassent l'objet d'une réponse appropriée.
Promouvoir l'égalité et l'inclusion
Les personnes atteintes d'albinisme continuent de se heurter à des obstacles dans les domaines de l'éducation, des soins de santé, de l'emploi, de la protection sociale, de la participation politique et de la vie communautaire.
L'envoyé pourrait contribuer à mettre ces questions au cœur des débats politiques à l'échelle du continent et plaider en faveur de l'intégration de l'albinisme dans des cadres plus larges relatifs au handicap, à la santé, à l'éducation, à la protection sociale et aux droits de l'homme.
Cela contribuerait à la mise en œuvre de la vision plus large du Plan en matière d'égalité et d'inclusion, qui va au-delà de la simple protection contre la violence.
Renforcer la coordination
Le plan d'action reconnaît que les progrès dépendent de la collaboration entre de nombreux acteurs.
Un envoyé spécial pourrait servir de point de contact continental, rassemblant les États membres, les communautés économiques régionales, les institutions nationales des droits de l'homme, les organisations de personnes atteintes d'albinisme, les partenaires au développement et les organisations de la société civile.
Une telle coordination pourrait renforcer l'action collective, réduire les doubles emplois et créer des opportunités de partage d'expertise et de bonnes pratiques à l'échelle du continent.
Soutien au suivi et à l'établissement de rapports
L'un des principaux défis auxquels sont confrontés de nombreux cadres continentaux consiste à maintenir leur dynamique au fil du temps.
Un envoyé spécial pourrait contribuer au suivi des efforts de mise en œuvre, encourager les États membres à rendre compte des progrès accomplis, identifier les lacunes et promouvoir des recommandations fondées sur des données factuelles visant à renforcer les mesures prises.
Cela contribuerait à faire évoluer le Plan d'action, pour qu'il passe d'un simple cadre politique à un mécanisme de mise en œuvre plus dynamique, capable de produire des résultats mesurables.
Pourquoi le leadership continental est-il important ?
Partout en Afrique, les personnes atteintes d’albinisme continuent de faire face à toute une série de difficultés en matière de droits humains. Les agressions et les pratiques néfastes restent préoccupantes dans certains pays. Les enfants atteints d’albinisme continuent de se heurter à la discrimination et à des obstacles au sein des systèmes éducatifs. L’accès à des soins de santé adaptés, notamment à la crème solaire, aux services dermatologiques et au dépistage précoce du cancer de la peau, reste limité dans de nombreuses communautés.
Dans le même temps, des progrès significatifs ont été réalisés. Les gouvernements, les organisations de personnes atteintes d'albinisme, les institutions nationales des droits de l'homme, les organisations de la société civile, les partenaires au développement et les institutions africaines collaborent de plus en plus étroitement pour relever ces défis.
L'opportunité qui s'offre à nous n'est donc pas de repartir de zéro, mais de renforcer ce qui existe déjà, coordonner les efforts en cours et approfondir la mise en œuvre des engagements déjà pris.
Un envoyé spécial pourrait contribuer à faire du Plan d'action de l'UA non plus un simple cadre continental, mais un véritable outil de mise en œuvre, et ainsi aider à maintenir la dynamique jusqu'à la fin de la période 2021-2031.
S'appuyer sur les progrès réalisés à l'échelle mondiale
Au cours de la dernière décennie, le mandat de l'expert indépendant des Nations Unies chargé de la question de la jouissance des droits de l'homme par les personnes atteintes d'albinisme a largement contribué à attirer davantage l'attention de la communauté internationale sur les droits de ces personnes.
Ce mandat a permis de mieux mettre en lumière les problèmes auxquels sont confrontées les personnes atteintes d'albinisme, a renforcé la collaboration avec les gouvernements et la société civile, et a contribué à l'élaboration de normes importantes en matière de droits de l'homme ainsi qu'à la mise en place d'initiatives de plaidoyer.
Un envoyé spécial de l'Union africaine viendrait compléter cet important travail à l'échelle mondiale en renforçant un leadership continental durable, ancré dans les réalités, les institutions et les solutions africaines.
Ensemble, les mécanismes mondiaux et continentaux pourraient offrir davantage d'opportunités de collaboration et de soutien mutuel pour faire progresser les droits des personnes atteintes d'albinisme.
Favoriser la participation à Windhoek
Tout au long des cinq jours de la réunion STC-SDLE à Windhoek, l'AAN a eu des échanges avec des représentants du gouvernement, des responsables de l'Union africaine, des communautés économiques régionales et d'autres parties prenantes.
Ces rencontres ont constitué de précieuses occasions de discuter de la situation des personnes atteintes d'albinisme, de partager des expériences issues de différents pays et d'explorer les possibilités d'une collaboration plus étroite.
Ils ont également souligné l'importance de poursuivre les actions de sensibilisation au sein des institutions continentales et nationales.
L'albinisme recoupe plusieurs domaines d'action, notamment l'inclusion des personnes en situation de handicap, la santé, l'éducation, la protection sociale, l'accès à la justice, l'égalité entre les femmes et les hommes, la protection de l'enfance et les droits de l'homme. Pour garantir une inclusion effective, il est donc nécessaire d'y accorder une attention constante dans un large éventail de secteurs.
Un mécanisme continental spécifique pourrait apporter une valeur ajoutée considérable en contribuant à maintenir cette visibilité et cette coordination.

Les délégués, les représentants gouvernementaux, les organisations de la société civile et les partenaires participant à la sixième session ordinaire du Comité technique spécialisé de l'UA sur le développement social, le travail et l'emploi (STC-SDLE) à Windhoek, en Namibie.
Une avancée bienvenue à Windhoek
L'un des résultats les plus encourageants de la session du STC-SDLE a été l'intérêt renouvelé porté à la nomination de l'envoyé spécial de l'Union africaine pour l'albinisme.
Les ministres ont pris note de l'état d'avancement de la nomination de l'envoyé spécial de l'Union africaine chargé de l'albinisme et ont demandé à la Commission de l'Union africaine d'accélérer la mise en œuvre de la décision EX.CL/Dec.1063(XXXV) du Conseil exécutif relative à la nomination de l'envoyé spécial, sans incidence financière supplémentaire.
Il s’agit là d’une avancée importante. Elle témoigne de l’intérêt politique constant porté à cette question et donne un nouvel élan à la mise en œuvre de la décision du Conseil exécutif, qui est à l’étude depuis plusieurs années.
Pour l'AAN et l'ensemble du mouvement de lutte contre l'albinisme, les conclusions de cette réunion ministérielle constituent un signe encourageant qui montre qu'un engagement et un partenariat durables peuvent contribuer à faire avancer les engagements pris à l'échelle du continent.
Une responsabilité partagée
La protection et la promotion des droits des personnes atteintes d'albinisme relèvent d'une responsabilité commune. Aucune institution, aucun gouvernement ni aucune organisation ne peut à lui seul atteindre cet objectif.
Pour aller de l'avant, il est indispensable que l'Union africaine, les États membres, les communautés économiques régionales, les institutions nationales des droits de l'homme, les organisations de personnes atteintes d'albinisme, la société civile, les partenaires au développement et les communautés elles-mêmes coopèrent.
L’ Africa Albinism Network e reste déterminée à contribuer à cet effort collectif par le biais de son expertise technique, de la production de données factuelles, de ses actions de plaidoyer, du renforcement des capacités, de la mobilisation de ressources et du soutien à la mise en œuvre au niveau national et continental.
En quittant la salle de réunion à Windhoek, mes pensées ne portaient pas seulement sur les années qui se sont écoulées depuis la décision du Conseil exécutif. Elles portaient également sur les perspectives qui s'offrent à nous.
La nomination de l'envoyé spécial de l'Union africaine chargé de l'albinisme ne doit pas être considérée comme une fin en soi. Elle doit plutôt être perçue comme un mécanisme stratégique visant à accélérer la mise en œuvre du Plan d'action de l'UA sur l'albinisme (2021-2031).
En renforçant le leadership politique, la coordination, le suivi, la sensibilisation et la responsabilisation, l’envoyé pourrait contribuer à faire en sorte que les engagements pris au niveau continental se traduisent par des améliorations concrètes dans la vie des personnes atteintes d’albinisme à travers toute l’Afrique.
Cet engagement renouvelé des ministres constitue une base importante. Il s’agit désormais de transformer cette dynamique en actions concrètes.
L'AAN est prête à contribuer à cette démarche, car c'est grâce au partenariat, à un engagement durable et à une action collective que l'on parvient à des progrès durables.