Par Delphine Malambo
Je m’appelle Delphine Malambo, je suis mère de trois enfants, dont deux filles atteintes d’albinisme. Mon parcours de mère est marqué à la fois par une profonde fierté et une inquiétude constante, par l’espoir et la peur, tous ces sentiments s’entremêlant dans la réalité de l’éducation d’enfants atteints d’albinisme en Zambie
Avant toute chose, je tiens à exprimer ma sincère gratitude au Africa Albinism Network nous avoir invités, ma fille Mwape Chimpampa et moi-même, à assister à la 47e session du Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, qui s'est tenue à Maseru, au Lesotho. Ce fut une expérience solennelle et mémorable qui nous a profondément marqués toutes les deux.
Ce fut en effet un honneur que Mwape ait non seulement pu participer à cette réunion, mais qu’il ait également eu le privilège de s’adresser à des dirigeants de haut rang sur des questions relatives aux droits et au bien-être des enfants atteints d’albinisme en Afrique. L’un des messages clés mis en avant au cours de cette session était l’importance de la visibilité. Il s’agit de veiller à ce que les enfants soient associés aux processus décisionnels qui ont une incidence sur leur vie. Voir Mwape prendre la parole au nom de tant d’enfants a donné l’impression d’un pas décisif vers cette réalité.
À quelques instants de son discours, Mwape était nerveuse, mais très déterminée. Elle attendait ce jour avec impatience et était fermement décidée à faire passer un message qui profiterait à tous les enfants africains atteints d’albinisme. En la regardant à la tribune, j’étais rempli de fierté. Elle s’est exprimée avec assurance devant une salle remplie de dirigeants et de décideurs influents. Même lorsqu’elle a évoqué le décès de son père, un sujet qui la rend souvent émue, elle est restée sereine.
Après son intervention, plusieurs personnes se sont approchées de Mwape pour lui parler. Je ne leur ai pas demandé de quoi elles avaient discuté, mais il était évident que ses propos avaient trouvé un écho et suscité des échanges.
Mwape Chimpampa prononçant une déclaration orale lors de la 47e session de l'ACEWRC
En tant que parent d’enfants atteints d’albinisme, je vis dans la peur en raison de l’insécurité qui règne dans mon pays. Je suis profondément troublé par les informations faisant état de meurtres, d’enlèvements et de mutilations de personnes atteintes d’albinisme. Ces actes constituent des crimes. Toute personne atteinte d’albinisme, y compris les enfants, a droit à la vie. Les témoignages et les rapports m’ont rappelé que l’ignorance, les croyances néfastes et l’impunité continuent de mettre en danger les enfants atteints d’albinisme. Les personnes atteintes d’albinisme sont pourchassées en raison de mythes primitifs concernant certaines parties de leur corps. Il est urgent de mener des actions de sensibilisation au sein des communautés pour mettre fin à ces mythes, de poursuivre rapidement les auteurs de ces crimes et d’apporter un soutien psychologique aux survivants.
En tant que partie prenante, parent et éducateur en Zambie, je m'engage à militer en faveur de politiques scolaires inclusives qui protègent les élèves atteints d'albinisme. Aucun enfant ne devrait vivre dans la peur. Aucun enfant ne devrait abandonner l'école à cause de la discrimination, d'un, le manque de connaissances des enseignants ou l’absence de dispositifs d’aide. L’albinisme n’est pas une malédiction ; il s’agit simplement d’une absence de mélanine. Comprendre ce simple fait peut changer les perceptions et, en fin de compte, sauver des vies.
J'ai ressenti un grand soulagement en entendant, au cours de la session, qu'il fallait poursuivre en justice les auteurs de meurtres et d'enlèvements. Cela m'a redonné espoir, car de telles mesures dissuaderont les délinquants et rendront les communautés plus sûres. J'ai également été encouragée par l'accent mis sur la participation des enfants albinos à la prise de décisionet par la publication des notes d’orientation. Ces engagements ont allégé le lourd fardeau que je portais dans mon cœur concernant la sécurité de mes enfants et des autres personnes atteintes d’albinisme. Ils me rappellent que le changement est possible et que nous ne sommes pas seuls dans ce combat. Mais l’espoir seul ne suffit pas. Il faut que des actions suivent.
Faisons mieux pour nos enfants atteints d'albinisme.
Faisons de l'Afrique un havre de paix.
Ne restons pas silencieux face à ces injustices.